Cottage core

Gamechanger:
La ferme bio Oogstappel

« Les petits ruisseaux font les grandes rivières de notre rêve durable »

« Nous partons en camp scout tous les jours », lance Wim au début de l’interview. Il y a deux ans, Wim soulageait de petites et grandes douleurs en tant que kiné, aujourd’hui il est fermier bio et il apprend encore tous les jours. Des apprentissages auxquels il se soumet volontiers, tout comme Joost, son partenaire d’affaires. Joost a un bagage en sciences environnementales et après avoir été présentés par un ami commun, ils ont fondé Oogstappel il y a près de deux ans. Par pur idéalisme. « Il faut vraiment se lancer par passion. Il y a tout à fait moyen de gagner sa vie, mais vous ne deviendrez pas Rockefeller pour autant. » Avec leur passion commune pour l’agriculture biologique et surtout, l’envie de travailler en plein air, ils ont assez rapidement réalisé leur rêve de rapprocher le consommateur de l’agriculture.

Tous les mercredi après-midi, quelque 120 familles viennent chercher leur ‘part de récolte’ sur le site de PAKT. Un panier de légumes en circuit court, de toute première fraîcheur, au rythme des saisons.

Un de vos objectifs est de rapprocher le consommateur et l’agriculture. L’idée de la ‘part de récolte’ en est un bel exemple. De quelles autres façons impliquez-vous les consommateurs ?

Wim : « Notre communication est un de nos points forts. Ma compagne s’occupe de la communication et des réseaux sociaux. Nos membres reçoivent un mail par semaine, le mardi, où figurent les légumes qu’ils pourront retirer le lendemain. Nous ajoutons des conseils de conservation et des recettes inspirantes. Il y en a pour tous les goûts, nous ne nous cantonnons pas aux recettes végétariennes, par exemple. Nous montrons aussi comment ça se passe dans le champ. Il nous arrive d’ajouter une photo d’un faon ou d’un lièvre. Nous visons à toujours communiquer le plus honnêtement possible à propos de notre circuit court. Nous disons quand ça se passe bien, quand il y a des contre-temps… Nous parlons de notre engagement à fournir chaque semaine des fruits et légumes frais. Tout cela crée un rapport de confiance. Nous ne brandissons pas le ‘BIO’ comme une étiquette. Ce sera mentionné quelque part, mais pas dans nos mailings, nous ne nous en servons pas comme argument. Les gens le savent, le sentent et le goûtent… »

« Nous ne brandissons pas l’étiquette ‘BIO’. Ce sera mentionné quelque part, mais pas dans nos mailings. Nous ne nous en vantons pas. Les gens le savent, le sentent et le goûtent. »

 

Petites terres saines

Près de la moitié des mille Belges, issus de tous les groupes sociaux, interrogés après la crise du corona au mois de mai, se sont déclarés prêts à accorder une plus grande attention à l’alimentation durable qu’avant la crise. (Source : enquête Fairtrade Belgium). Wim et Joost ont aussi constaté une hausse de la demande de leurs produits. En 2019, les participants étaient au nombre de 95, début 2020 ils étaient 70. Au courant des mois suivants, le nombre a grimpé à 120 candidats, ce qui constitue le maximum aujourd’hui. Un certain nombre de familles se trouvent sur liste d’attente. Il est primordial de ne pas grandir trop vite.

Ne craignez-vous pas que les consommateurs aillent voir la concurrence ? Tout le monde veut bien contribuer à un monde meilleur, mais il faut que chacun puisse survivre, aussi. La concurrence avec les autres fermiers bio n’est-elle pas trop grande ?

Wim : « Non, pas vraiment. Nous sommes tous réunis dans le réseau CSA*. En travaillant à petite échelle, nous pouvons continuer à garantir de la qualité. On ne peut donc que se réjouir du fait qu’il y ait 4 autres fermiers bio CSA dans un rayon de 5 km. Chacun de nous est une petite pièce d’un puzzle plus grand. En Flandre, la terre est dispersée et chère. Il est plus facile de prendre soin d’une parcelle plus petite. Et comme nous sommes tous de petits agriculteurs, nous pouvons apprendre les uns des autres, échanger les machines, etc. L’agriculture à plus grande échelle rapporte peu, à moins de se tuer au travail tous les jours pour obtenir une rentabilité. Le projet ‘De Landgenoten’ acquiert des terres via des donations et des actionnaires, afin de pouvoir les louer à des agriculteurs bio débutants et leur éviter de contracter un emprunt. Le travail à petite échelle permet aussi le contrôle complet des pesticides. Nous n’en utilisons aucun ! De plus, le labourage et la mauvaise gestion des champs génèrent plus de dioxyde de carbone, ce qui nuit à notre santé à long terme. Si vous voulez en savoir plus sur l’importance de la terre, ne manquez pas la série ‘Kiss the ground’ sur Netflix ! »

*Community Supported Agriculture

Actuellement, les grands supermarchés misent aussi sur le durable, éco et bio. S’agit-il d’une concurrence déloyale ? Existe-t-il des labels de qualité en Belgique ? Wim : « Le ‘circuit court’ de la grande distribution est à prendre avec un grain de sel. Un supermarché dispose d’une petite marge pour s’approvisionner en produits de son choix, mais il doit avant tout respecter la philosophie de la chaîne et satisfaire les actionnaires. Les produits sont-ils achetés directement dans une ferme ou passent-ils malgré tout par la centrale de distribution ? Il faut savoir s’y retrouver dans tout ce qui est proposé. Le Delhaize du coin (‘Groen Kwartier’ – Anvers) vend notre jus de pommes, c’est déjà ça (rires). »

Wim: « Le ‘circuit court’ de la grande distribution est à prendre avec un grain de sel. Un supermarché dispose d’une petite marge pour s’approvisionner en produits de son choix, mais il doit avant tout respecter la philosophie de la chaîne et satisfaire les actionnaires. Les produits sont-ils achetés directement dans une ferme ou passent-ils malgré tout par la centrale de distribution ? Il faut savoir s’y retrouver dans tout ce qui est proposé. Le Delhaize du coin (‘Groen Kwartier’ – Anvers) vend notre jus de pommes, c’est déjà ça (rires). »

Une certaine forme de frustration est évoquée par rapport aux supermarchés, mais aussi par rapport aux autorités au niveau international.

Wim: « Avec la crise de covid, des sujets comme l’agriculture écologique, l’environnement ou la préservation de la nature sont passés à l’arrière-plan. La politique agricole à venir est inquiétante. Mi-octobre, le Parlement européen a encore voté à ce sujet. Mais dans l’avalanche d’infos autour du coronavirus, on n’y a guère prêté attention. Les géants de l’agriculture s’en sortent bien, mais pas les plus petites exploitations, ni le circuit court. Il y a encore beaucoup de chemin à faire. »

 

Achetez moins et mieux

Wim et Joost suivent de près les développements internationaux, tout en se focalisant surtout sur ce qui se passe dans leur propre champ.

« L’année prochaine, nous allons collaborer avec une autre ferme bio afin de fournir une plus grande variété aux restaurants. Actuellement, nous livrons à une quinzaine de restaurants. Nous pensons également élargir notre offre avec des produits laitiers, et nous étudions de nouvelles possibilités de culture, comme les asperges. Franchement, nous sommes fiers de notre champ. Il est vraiment beau. L’an prochain, si corona le permet, nous aimerions accueillir des visiteurs sur notre champ. Une visite guidée suivie d’une délicieuse pizza au levain garnie de légumes frais de saison, tandis qu’un petit lapin gambade dans les parages… Qui n’en voudrait pas ? Cette année, avec Wouter, de Terrovin, nous nous sommes lancés dans le vin Oogstappel, qui devrait être prêt à la dégustation en 2021. Espérons qu’on pourra trinquer à la fin de la crise corona à ce moment-là ? »

L’année prochaine sera excellente pour Oogstappel, c’est peu de le dire. Pensant à la fin d’année qui approche, et qui sera vraisemblablement différente de toutes les autres, je demande à Wim et Joost ce que nous, consommateurs, pouvons faire dans l’idée de contribuer à un avenir meilleur ?

Wim : « Je crois très fort dans la pyramide : reduce, reuse, repair, recycle etc. Nous devons consommer moins. Acheter moins. Je n’ai rien acheté comme vêtements pendant 3 ans et ça m’a vraiment fait du bien. Les vêtements de deuxième main peuvent être une option. Et si vous achetez quelque chose, achetez de la qualité. Achetez local. Investissez trois fois plus pour acheter du solide et investissez dans les petites marques locales. »

Poursuivez vos rêves

En plein nouveau confinement, je perds parfois le courage et je me tourne machinalement vers le shopping en ligne, alors qu’il y a plein de magasins de quartier sympas dont l’offre est très variée. Je prends les conseils de Wim à cœur, mais ce n’est pas toujours facile de tenir bon. J’éclate de rire en tombant sur cette phrase sur leurs réseaux sociaux : « Parfois, c’est la merde, mais en réalité, c’est de l’engrais pour la phase suivante. »

« Parfois, c’est la merde, mais en réalité, c’est de l’engrais pour la phase suivante. »

Avez-vous d’autres astuces, anecdotes ou conseils ‘feel good’ pour nous aider à tenir le coup les semaines qui viennent ?

Wim: « Sans se lancer, on ne découvre rien de neuf. J’ai une recette de soupe au potiron vraiment géniale pour vous. Une variante asiatique au garam masala ! Et pour terminer sur une note un peu plus sérieuse : parfois, il faut oser se lancer. Ce nouveau confinement a un goût de ‘tout au travail, rien au plaisir’. Notre job occupe maintenant une place centrale dans votre vie. Autant avoir un travail que l’on aime vraiment. Posez-vous la question : ‘A quoi est-ce que je passe ma vie ?’ Quand on parle d’appuyer sur le bouton RESET, il peut aussi s’agir d’un revirement professionnel, non ? Ne vous aveuglez pas sur cette crise du covid, poursuivez vos rêves ! »

La formation en agriculture ‘Landwijzer’, que Wim a suivie à l’époque, est déjà complète pour la saison qui vient. Voilà qui donne foi en l’avenir. Être agriculteur bio n’est pas un métier facile, mais si après la lecture de cet entretien vous sentez monter l’envie et la passion, j’ai une bonne nouvelle pour vous.

Wim: « Nous ne voulons pas être des agriculteurs bio traditionnels. Nous travaillons 5 jours sur 7 et nous avons droit à un week-end. Nous aussi, on le mérite. Il faut bien ça pour cultiver nos petits légumes avec amour, non ? »