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Els Keymeulen & Kristin Stoffels, changemakers, du label vintage ‘Le Freddie’

Els Keymeulen & Kristin Stoffels, changemakers, du label vintage ‘Le Freddie’

« Les marques qui n’embrassent pas l’économie circulaire s’élimineront d’elles-mêmes. Les matières premières s’épuisent, les gens ne se laissent plus faire. »

Être fashionable ne signifie pas qu’il faille toujours se ruer sur les dernières collections. Par amour pour la planète, on peut se tourner un peu plus souvent vers les merveilles vintage d’une époque révolue. Et cela ne fera pas de vous des baba cool d’un autre temps, au contraire. Kristin Stoffels et Els Keymeulen – fashion editors chez Feeling – le prouvent avec leur label vintage ‘Le Freddie’. Elles nous partagent leur vision de l’économie circulaire et de l’avenir de la mode.

Comment est née l’idée de lancer Le Freddie ?

Kristin Stoffels : « Cela fait déjà un moment que nous soucions de l’aspect polluant de la mode. Le monde de la mode est malheureusement partie prenante de la culture du jetable. Et en tant que journalistes mode, nous avons notre part de responsabilité, puisque nous incitons en permanence les gens à acheter de nouvelles pièces. De l’introduction des nouvelles marques aux nouvelles pièces must-have dans les chaînes de prêt-à-porter : même si cela fait partie de notre job, nous ne nous sentions plus à l’aise avec cela. Nous avons donc eu envie d’agir concrètement et à notre échelle contre cette culture du jetable. Avec Le Freddie, nous prouvons qu’on peut être au moins aussi tendance et stylée avec des vêtements vintage. »

Els Keymeulen : « En vintage, on peut avoir un look tout aussi fashion que dans une tenue composée de pièces neuves. Je porte du vintage 70% du temps, mais les gens qui ne me connaissent pas, pensent que ce sont des vêtements neufs. Je ne suis pas une adepte du frumpy (négligé, ndlr.). Le secret réside dans l’art de faire les bons choix. Si je porte un vieux grandpa sweater et que je l’associe à un jeans ballon, personne ne trouvera mon look ringard. Comme Kristin, j’associe généralement des pièces de différentes époques. C’est primordial, si on ne veut pas avoir l’air d’avoir été catapultée d’une autre époque par une machine à remonter le temps. Quand on sait mixer les pièces, on peut porter du vintage tous les jours sans que personne ne s’en rende compte. »

Comment expliquez-vous la popularité grandissante du vintage ?

Els : « C’est la manière par excellence de garnir sa garde-robe de pièces hors du commun sans se ruiner. Nous n’avons toujours qu’une seule pièce de chaque vêtement, vous avez la certitude de ne pas rencontrer quelqu’un qui porte la même chose. Quand on se promène dans une rue commerçante aujourd’hui, tout le monde se ressemble. Nos clientes en ont marre, elles veulent être uniques. Chez Le Freddie, on achète des vêtements qui recèlent une histoire et qui sont durables. »

Kristin : « La mode remâche de toutes façons les décennies qui ont précédé. Les créateurs se tournent toujours vers l’esprit d’une certaine époque, et nous pouvons facilement surfer sur cette vague. Nous retrouvons parfois littéralement la pièce originale sur laquelle est basée par exemple un manteau d’Isabel Marant. »

Quels sont vos critères quand vous sélectionnez vos pièces ?  

Els : « Notre première exigence ? Il faut que la pièce soit belle. Nous accordons de l’attention aux matières plus durables, comme le lin ou la laine. Évidemment, dans les seventies et les eighties, on produisait énormément de vêtements en polyester. Pour qu’une pièce en cette matière soit sélectionnée, il faut vraiment que nous ayons un coup de cœur. Nous n’achetons jamais de vêtements en vrac, nous sélectionnons vraiment chaque pièce. Le problème du vrac est qu’il contient trop de pièces qui ne nous plaisent pas. Sur 40 pantalons, il n’y en aura qu’une dizaine que nous pouvons vendre. Il y a des grossistes chez qui l’on peut acheter à la pièce. Ce choix personnel prend énormément de temps, il faut une journée entière pour acheter une centaine de pièces. Mais c’est la seule manière d’être certaines de sélectionner des pièces valables que nous pourrons vendre ensuite. C’est aussi une façon de moins gaspiller, puisque nous ne générons pas de déchets. »

Kristin : « Nous gérons actuellement un stock de mille pièces environ, ce qui est notre limite maximum absolue. Tous les vêtements ne figurent pas sur notre site, car nous aimons travailler avec des collections capsule. C’est une façon de ne pas s’y perdre. Pareil dans notre showroom, où nous n’exposons pas tout, ce qui permet une rotation de l’offre. Chaque fois que vous venez chez nous, nous voulons vous montrer des pièces que vous ne connaissez pas. Et puis l’offre ne doit pas être trop écrasante. Nous voulons éviter à tout prix que nos clientes aient l’impression de se retrouver dans une friperie. »

Comment voyez-vous l’avenir de la mode sur le plan de la durabilité ?

Els : « Je pense qu’aucune marque de mode ne puisse encore se permettre de négliger l’aspect durable. Même les consommateurs qui mettent le côté budgétaire en avant se poseront de plus en plus de questions. Personne ne se sent bien en sachant qu’il ou elle est un acteur de la destruction de l’environnement. Le consommateur fermera de moins en moins les yeux là-dessus. Je crois que les marques vont produire de façon toujours plus circulaire. H&M et Zalando, par exemple, ont commencé à récolter des vêtements de seconde main. Les marques vont produire à plus petite échelle dans le futur. Ce changement n’est peut-être pas pour demain, mais il se profile à l’horizon. On produira moins, on recyclera plus. Je crois énormément dans la réutilisation des matières. »

Kristin : « Moi non plus, je ne pense pas que l’économie circulaire va s’installer du jour au lendemain. Mais les entreprises qui la refusent, vont s’éliminer d’elles-mêmes. Les matières premières s’épuisent et les gens ne se laissent plus faire. Je mets plus d’espoir dans la réutilisation de vêtements que dans la fabrication d’étoffes durables. Car la production de tissu génère toujours un grand impact environnemental. Mais en tout cas, j’ai un regard plein d’espoir sur l’avenir. »

Les bénéfices des labels de mode tiennent justement au fait de proposer sans arrêt des nouveautés. Comment résoudre cette question ?

Els : « C’est un fait. Mais aujourd’hui, je pense que l’on gère mal les pièces qui ne sont plus de saison. Elles sont détruites, ce qui n’est absolument pas nécessaire. Un vêtement peut être remis au goût du jour, transformé ou recyclé. Le besoin de nouveaux vêtements existera toujours, mais les marques doivent mieux gérer leurs excédents de stock et produire moins. L’excès nuit en tout. »

Kristin : « Il faut aussi se méfier du greenwashing. Quand une grande chaîne produit des millions de vêtements en tissu durable, il s’agit toujours de millions de vêtements. Le problème se situe là aussi, évidemment : on épuise toujours autant la planète. C’est pourquoi il faut passer à l’économie circulaire. Elle génère encore des déchets, mais beaucoup moins que quand on produit du neuf. »

Quel est votre ambition ultime pour Le Freddie ?

Els : « Nous voulons grandir, car en ce moment, il s’agit plutôt d’un hobby qui a pris de l’ampleur. Nous mettons beaucoup de moyens dans le shooting des contenus, nous ne gagnons encore rien pour le moment. Ce serait bien de nous faire connaître aux Pays-Bas ou en Scandinavie, c’est là que nous sentons qu’il y a un bon potentiel de croissance. Le problème est de trouver le moyen de pénétrer le marché. C’est pourquoi nous aimerions travailler avec les marques établies, que ce soit à travers un pop-up ou une collab’. Nous avons un certain nombre d’idées que nous espérons voir se concrétiser en 2021. »

Kristin : « Nous voulons que Le Freddie devienne une marque qui puisse fournir en gros aux magasins qui correspondent à notre label. Les rêves et projets ne manquent pas, le temps, en revanche… (rires).

Auteur: Sabrina Bouzoumita

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