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Gamechanger: Jitske Van de Veire

Gamechanger: Jitske Van de Veire

« être gentils envers les autres, c’est ça, la vraie beauté »

La crise du corona nous a mis face à nous-mêmes. Qui sommes-nous ? Qu’est-ce qui nous rend heureux ? Qu’est-ce que la beauté ? Les idéaux esthétiques après lesquels nous avons couru pendant tant d’années nous semblent complètement dépassés après des semaines de soul searching dans le canapé. La joie qui se révèle dans l’imperfection est une réaction presque logique aux images léchées dont les médias nous ont abreuvé pendant tout ce temps. Figure de proue de la body positivity, Jitske Van de Veire prend les devants en abandonnant les clichés de beauté et en embrassant l’imperfection.

Pendant des années, la beauté et le succès ont été déterminés par une poignée de créateurs et de magazines de mode qui préconisaient une certaine image de la femme et de l’homme parfaits. Notre société de la performance nous a rendus particulièrement exigeants avec nous-mêmes. Les réseaux sociaux ont encore renforcé ces images idéalisées, avec des personnes connues et moins connues qui, du moins en apparence, menaient une vie fantastique. Un des premiers moments de bascule, pour moi, a été celui où Chrissy Teigen a posté ses vergetures sur Instagram. Depuis quelques années, les réseaux sociaux visent aussi à diminuer la pression sur le plan de la ‘perfection’. Ou pas ?

Pensez-vous que la barre soit toujours mise très haut sur les réseaux sociaux ? Ou bien les choses ont-elles changé ?

Jitske: « Quelque chose est en train de bouger, mais très lentement. Cela fait 5 ans que je suis engagée dans la body positivity et au début, un ‘post fesses’ choquait beaucoup de monde. Depuis cette année, ça a diminué, et même les marques s’y mettent. De nos jours, on peut contacter les entreprises, ce qui nous donne plus d’influence et permet d’ouvrir le dialogue. C’est un élément très important du processus. »

À la fin de l’année dernière, Instagram a lancé une nouvelle campagne destinée aux ados et aux adultes, en collaboration avec The Butterfly Foundation. Avec #thewholeme, ils voulaient utiliser positivement les réseaux sociaux et sensibiliser les gens à un partage plus authentique de leur vie. ‘Body positivity’ et ‘beautés alternatives’ sont presque devenus des expressions tendance.

Vous avez été une des premières en Belgique à vous y intéresser et à en parler. S’agit-il d’une tendance passagère ou constatez-vous un réel changement chez les marques et dans les magazines ?

Jitske: « On le verra bientôt, d’ici à deux ans. Prenez l’inclusivité, ce n’est pas juste un mot à la mode. Cela commence en quelque sorte sur le lieu de travail. L’état d’esprit s’installe au sein de l’entreprise et ce n’est qu’alors que la marque va pouvoir l’irradier vers l’extérieur ! J’espère qu’il ne s’agit pas d’une tendance, et que ça durera. J’ai des craintes, quand même. J’espère que les gens vont rester dans la nuance. »

Quand avez-vous pris conscience de vos valeurs et votre notion de la beauté, quand avez-vous reconnu votre ‘manière différente’ d’être belle ?  

Jitske: « Grâce à mon ex, en fait ! Elle m’a fait prendre conscience que j’étais jolie et que j’avais de la valeur. Mais tout le monde n’a pas le même déclic. À un moment donné, ma meilleure amie m’a dit : « Jitske, je ne me vois dans aucun magazine ni à la télé, alors que je ne suis ni grosse, ni mince. » Ça m’a fait réfléchir, et c’est de là qu’est né mon premier post sur les réseaux sociaux. J’étais suivie à l’époque par un peu moins de 500 personnes, mais j’ai eu plein de réactions. En lisant tous ces messages et en regardant tous les jours dans la glace, j’ai vraiment pris conscience que j’étais jolie. Les réseaux sociaux ont eu une grande importance. »

Des médias tels qu’Instagram seraient-ils alors une arme puissante plutôt qu’un bouclier ?

Jitske: « Entre-temps, oui. Tous les jours, je reçois des messages de followers qui me disent que maintenant, elles osent faire ou dire quelque chose, à cause ou grâce à moi. Après-coup, je me dis : ‘De qui avais-je besoin, moi, quand j’avais 16 ans ?’ Je veux être quelqu’un que les filles de 16 ans ont envie d’admirer. Actuellement, il y a de plus de plus de gens ‘honnêtes’ sur Instagram, à côté des influencers qui misent plus sur la perfection. Et c’est très bien comme ça, l’un n’exclut pas l’autre. En tout cas, je ne suis plus toute seule, il y a de plus en plus de gens qui ont le même objectif. »

Le rôle du modèle de rôle

Aviez-vous l’impression de manquer de modèles quand vous étiez plus jeune ?  

Jitske: « Complètement ! J’étais centrée sur moi-même. Hormonalement, j’étais en plein changement et mes parents étaient en plein divorce. Je ne voyais rien d’autre que des articles de ‘fat shaming’ dans Joepie*; bref, aucun modèle de rôle. Heureusement, j’avais mes copines pour en parler. En fait, mes amies étaient mes modèles. J’étais aussi fan de Tokio Hotel, mais de là à y voir des modèles… (rires) » (*) Magazine pour ados en Flandre, ndlr.

« Mes copines étaient mes modèles »

Et aujourd’hui, vous en avez, des modèles ?

Jitske: « Oui, il y en a nettement plus. J’observe Romy Curvy, Morgan Thielen, Senne Misplon. Comme quoi, on peut vivre en faisant exactement ce qu’on veut. Une Miley Cyrus par exemple, elle fait aussi ce qu’elle veut, mais elle semble tellement lointaine. Ce que j’apprécie le plus, finalement, c’est la pureté des gens qui m’entourent. Elle est beaucoup plus belle… »

Vous êtes perçue comme une sorte de modèle de rôle, comment vos amis et votre famille le vivent-ils ?

Jitske: « Ma famille trouve que c’est très bien. C’est rare, mais j’ai parfois une remarque d’une copine, genre ‘mais tu n’es pas comme ça’. Mais… Elles savent bien que ce n’est qu’un gros plan sur une image ou un avis que je représente. Autour de moi, tout le monde me soutient à fond. Après ma dernière fête d’anniversaire, ma meilleure amie m’a envoyé un message pour dire qu’elle était fière de moi. Fière de qui je suis et du fait que je montre ce qui compte pour moi. De telles réactions, ça motive, hein ! »

Sur papier, l’incitation à être pleinement soi-même est merveilleuse. Mais parfois il y a des retours de flamme. Comment s’armer au mieux contre les réactions négatives ?

Jitske: « On ne peut pas s’armer, c’est la merde. En général, je ne me laisse pas atteindre par les commentaires débiles de gens que je ne connais pas. Mais parfois ça me touche quand même, et je me demande en pleurant pourquoi ils ont besoin de faire ça. Alors je garde des captures d’écran des commentaires chaleureux, je les relis et ça me motive. Nous sommes ainsi faits que nous retenons les trucs moches, alors qu’en fait, 1 seule réaction sur 100 est négative. J’essaie de relativiser, mais parfois je pleure un bon coup, ça fait du bien. On a besoin de vider son sac de temps en temps. On a le droit d’avoir du chagrin quand il s’agit de ce qu’on trouve important. Je suis parfois pénalisée d’être celle que je suis. ‘Si tu veux être toi-même, pourquoi tu portes du maquillage ?’ Pfff ! Il y a des gens qui ne comprennent vraiment rien ! »

« Tu veux être toi-même, pourquoi tu te maquilles ? Pfff, il y a des gens qui ne comprennent vraiment rien ! »

Il paraît que la génération Z en a marre de Photoshop et des filtres, et qu’elle exige un discours authentique. Pensez-vous que ‘se trouver’ soit lié à une génération ?  

Jitske: « La génération Tik Tok est plus inclusive, elle a grandi avec plusieurs plateformes. On y est plus focalisé sur ‘se trouver’ ou ‘être soi-même’. Mais c’est toutefois un paradoxe. Pour la Gen Z, tout est cadré dans un petit écran. Je suis contente d’être de la génération qui a connu ‘les deux’. Il y a toujours un fil rouge, il y aura toujours des attentes. Il y a les gens qui suivent et ceux qui remettent en question, ils entraîneront du changement. À vous de déterminer quelle catégorie sera la vôtre. »

C’est quoi, la beauté ?

Jitske, vous faites partie de ‘Wel jong, niet hetero’ (une plateforme de soutien aux jeunes homosexuels, ndlr). Avec les mesures covid-19, il y a moins d’évènements pour le moment. Comment faites-vous pour atteindre votre groupe-cible malgré tout ?  

Jitske: « Les réseaux sociaux ! Avant, on se réunissait, maintenant pas. Donc on poste, on publie des questions et on voit ce qu’on peut faire. Et ça marche ! On fait de notre mieux pour atteindre les gens et donner aux jeunes le sentiment que les organisations sont toujours là, prêtes à chatter et discuter avec eux. Nous restons informatifs et il faut que les jeunes le sachent. Il faut faire du bruit, c’est important ! »

En plus de promouvoir la body positivity, vous êtes aussi propriétaire de deux salons de coiffure. Les gens parlent-ils d’idéaux de beauté pendant qu’ils se font coiffer ?

Jitske: « On commence toujours par ça. Ici, tout le monde est bienvenu. Ce qui me frappe, c’est combien les gens se focalisent sur des petits trucs. Genre qu’ils ne peuvent pas avoir de longue frange parce que ça leur fait un gros nez. Moi, je veux que chacun puisse être soi-même à 100%, et à travers mon salon de coiffure, je veux tout faire pour donner cette sensation aux gens. »

On s’en doute, un thème comme la beauté est souvent abordé chez le coiffeur. Forcément, puisque les clients sont face à leur image dans le miroir. On philosophe beaucoup sur ce qu’est la beauté.

C’est quoi, être belle, pour vous ?

Jitske: « Esthétiquement parlant, c’est différent pour chacun. Pour moi, il n’y a rien de plus beau qu’une personne heureuse d’être qui elle est, quel que soit le domaine. Être heureux de son métier ou de ce jeans qui vous fait de trop belles fesses. Les gens qui savent prendre du plaisir et qui en retirent de l’énergie. Être gentils envers les autres, c’est ça la vraie beauté. Ce qui est chouette, c’est que les gens réapprennent à voir la beauté dans les petites choses. On est beau quand on rayonne le bonheur, et que ça vienne aussi de l’intérieur. C’est un ensemble. Rentrer toute rayonnante d’une balade en forêt, c’est waouw. »

Pour conclure, quel est votre meilleur conseil pour lâcher toutes ces images idéales ?

Jitske: « Soyez gentil avec vous-même. On ne peut pas se sentir bien dans sa peau tous les jours, et il n’y a pas à en avoir honte. Il ne s’agit pas seulement d’embrasser les imperfections. Embrassez les bons jours et les moins bons. Profitez à fond des bons moments. Ne vous sentez pas coupable quand vous aimez votre apparence, mais savourez-le aussi. ‘Aujourd’hui, je vais aller me balader parce que je me trouve belle. Et pourquoi pas ?’ »

Auteur: Margo Van Raemdonck

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